RAISE, pionnier de la finance engagée : quand la performance nourrit la générosité

Gonzague de BLIGNIÈRES

Co-fondateur de RAISE

Laurent SAGLIETTO - Artimon

Laurent SAGLIETTO

Associé Financial Services chez Artimon

Dans le cadre de notre série Leaders by Artimon consacrée aux acteurs qui transforment le paysage financier, Laurent Saglietto a rencontré Gonzague de Blignières, figure emblématique du Private Equity français. Après plus de quarante ans de carrière dans les plus grands fonds internationaux, cet investisseur au profil scientifique a co-fondé RAISE avec Clara Gaymard en 2013. Ensemble, ils ont imposé un modèle unique de « finance engagée » où la réussite économique est indissociable du partage de la valeur et du soutien à l’écosystème entrepreneurial.

ZOOM SUR :

Fondé en 2013 par Clara Gaymard et Gonzague de Blignières, et fort de 2Mds d’euros sous gestion, le Groupe RAISE est un Groupe pionnier dans la finance engagée. Entreprise à mission dotée d’un modèle unique de partage de la réussite au service des entrepreneurs, RAISE s’organise autour de trois pôles d’activité : des sociétés d’investissement dans les entreprises de toute taille et de tout secteur, des activités d’innovation et une fondation consacrée aux startups et aux associations.


Mon parcours est avant tout celui d’un scientifique, diplômé de l’ESIEE et titulaire d’un DEA en physique du solide. J’ai abordé la finance avec une règle de vie simple : ne négliger aucune rencontre et décloisonner les mondes. Mon entrée dans l’investissement s’est d’ailleurs jouée sur un plateau repas à la cantine de la BNP en 1981 : j’y ai abordé un inconnu qui m’a fait découvrir le capital-risque, alors balbutiant en France. Coup de chance, mon futur patron à la Banexi sortait de l’école Sudria : entre diplômés d’écoles dites de « deuxième zone », nous nous sommes tout de suite compris.

Pendant 43 ans, j’ai traversé huit cycles d’investissement et toutes les crises majeures — du choc pétrolier au subprime de 2008, en passant par la guerre en Irak. J’ai tracé ma route chez Charterhouse, pionnier des LBO, avant de fonder Barclays Private Equity en Europe (devenu Equistone) en 1992. Parallèlement, je me suis investi sans relâche dans le monde associatif, que ce soit à l’ADIE ou en créant Réseau Entreprendre à Paris en 2004. C’est par ce biais, sans intérêt commercial, que j’ai noué mes relations les plus saines avec les grands patrons et les gouvernants.

Le déclic de RAISE a eu lieu en 2012, en plein « French bashing », quand la finance était désignée comme l’ennemie. Je voulais créer une fondation pour aider les meilleures startups via des prêts à taux zéro, mais je refusais de « faire la quête ». J’ai alors eu l’idée de bousculer la règle d’or du Private Equity : au lieu du schéma classique (80% pour l’actionnaire, 20% pour l’équipe), nous sommes passés à 80/10/10 — 10% pour les gestionnaires et 10% pour une fondation.

Avec Clara Gaymard, rencontrée à cette époque, nous avons décidé de complexifier encore le pari : parité totale dans l’entreprise, structure « Evergreen » (une société anonyme de 99 ans pour éviter la pression du temps) et participations uniquement minoritaires. En 2012, ce modèle ne cochait aucune case. Pourtant, les grands patrons ont dit oui immédiatement car ils voulaient que les « grands » aident enfin les « petits ». Aujourd’hui, RAISE gère 2 milliards d’euros et prouve que la rentabilité est le moteur de la générosité.

C’était un pari jugé extrêmement risqué, voire suicidaire, par le milieu du Private Equity de l’époque. La critique principale était que nous ne pourrions jamais recruter de « stars » de l’investissement si nous versions la moitié de leur carried interest (intéressement sur les profits) à une fondation, les plaçant ainsi 50% en dessous des rémunérations du marché. On nous prédisait également un échec à cause de notre structure de société anonyme, considérée à tort comme moins liquide qu’un fonds classique.

Il y avait aussi ce préjugé tenace : la générosité serait l’ennemie de la rentabilité. J’ai dû convaincre que c’était l’inverse : comme l’équipe ne garde que 10% du carried interest au lieu des 20% habituels, nous avons l’obligation d’être encore plus performants pour « faire un gâteau plus grand ». Ce modèle, nous l’avons imposé comme une règle d’or non négociable. Par exemple, quand Arnaud Pomel, qui gérait la Foncière de Paris, a voulu nous rejoindre, ma réponse a été immédiate : « OK, mais tu donnes 50% de ton carried ». Il a dit oui sans hésiter.

Le temps nous a donné raison. Non seulement nous avons recruté une équipe d’exception qui dirige la maison aujourd’hui, mais ce supplément d’âme est devenu notre meilleur argument d’attractivité des talents auprès d’une jeunesse qui refuse de dissocier vie professionnelle et impact sociétal. Aujourd’hui, ce mécanisme a permis d’injecter plus de 38 millions d’euros dans l’écosystème via RAISE Sherpas, soutenant plus de 250 startups et associations.

C’est une étape dont je suis très fier car elle embarque aussi nos investisseurs dans la générosité. Avec le fonds « Investir pour l’Enfance », nous co-investissons dans les meilleurs dossiers aux côtés de grands fonds comme Ardian, CVC ou Astorg. Les investisseurs acceptent d’abandonner 50% de leur plus-value au profit de causes comme l’Institut Imagine ou Espérance Banlieues. Nous levons actuellement un fonds de 200 millions d’euros sur ce modèle pour soutenir la recherche médicale (Pasteur, Gustave Roussy, Fondation Recherche Médicale). C’est la preuve que la rentabilité n’est jamais sacrifiée : pour donner beaucoup, il faut gagner beaucoup.

Le monde du Venture Capital est passionnant mais parfois trop sensible aux effets de mode. Mon seul regret est l’obsession actuelle pour la « pure tech » au détriment de projets entrepreneuriaux tangibles, comme un réseau de boulangeries, qui peuvent pourtant générer des performances exceptionnelles.

Chez RAISE, nous sommes présents via RAISE Ventures et RAISE Seed for Good, mais nous cherchons avant tout des projets qui répondent à des défis concrets. L’IA, par exemple, est une révolution majeure pour la recherche médicale ou la fintech, mais elle doit être utilisée de manière responsable. Sur le plan démocratique, je reste convaincu qu’elle représente un danger public potentiel.

Crédit : RAISE & Welcome to the Jungle

Nous ne nous contentons pas d’investir dans l’IA, nous l’utilisons pour transformer notre métier. Nous avons recruté un Chief Data Officer et utilisons des agents internes sécurisés, via Dust, pour automatiser la collecte et l’analyse.

L’objectif n’est pas de recruter moins d’analystes, mais de renforcer nos experts. En réduisant drastiquement le temps passé sur les tâches techniques, nos équipes peuvent se concentrer sur l’essentiel : l’humain et la rencontre avec les managers. Un bon manager peut faire cartonner une boîte moyenne, pas l’inverse.

Le coût a explosé — un LBO de 200 millions coûtait 500.000€ de frais il y a 40 ans contre 10 millions aujourd’hui — mais le fond reste le même. Les deux grandes évolutions à venir sont le partage volontaire et l’IA imposée. Si la finance ne réduit pas les écarts de richesse par une démarche de partage, cela deviendra politiquement intenable.

Je dis souvent que je ne suis pas en retraite, mais « en retrait ». Je m’assure que le supplément d’âme de cette maison soit bien transmis. Nous avons récemment ouvert notre capital à la CARAC (à hauteur de 30%) pour assurer l’indépendance de RAISE et permettre aux managers de monter à 40% du capital, puis 50% à terme.

Mon ambition est que RAISE devienne le leader européen des fonds de partage, et pour cela je vais accompagner les équipes. Je suis Président du conseil de surveillance de RAISE et de la Fondation de RAISE, quelques postes d’administrateur également. Pour le reste, je m’occupe avec Clara Gaymard de notre hôtel « Domaine La Plume », de participations que nous avons en commun… de ma famille… et j’ai acheté une guitare, c’est cela aussi l’équilibre dans sa vie !


Artimon accompagne les acteurs du secteur financier dans leurs projets de transformation (refonte des modèles organisationnels, efficacité opérationnelle, amélioration de l’expérience client et pilotage de programmes digitaux et IA).

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