A la rencontre de Nicolas : la recherche au service du conseil
Qui sont les experts qui font la richesse d’Artimon ? À travers cette série d’interviews, nous vous proposons de découvrir celles et ceux qui font vivre nos expertises au quotidien. Pour cette première rencontre, Nicolas Spatola, chercheur au sein d’Artimon Perspectives, notre institut de recherche partage son métier, ses travaux de recherche et comment ses travaux contribuent à enrichir les missions de conseil et les réflexions stratégiques pour nos clients. Comment les travaux de recherche peuvent-ils aider les organisations à mieux comprendre et anticiper leurs défis ? A découvrir ci-dessous !
Quel est ton rôle au sein de l’institut de recherche Artimon Perspectives ?
Mon rôle, c’est d’être un chercheur qui fait le pont entre la théorie et le terrain. Concrètement, je décortique les interactions entre les évolutions technologiques et les transformations de nos sociétés. Pour ça, je mobilise des prismes très larges : de la neuro-cognition à la systémique, en passant par l’anthropologie et la philo de l’histoire. Ma mission est double : faire de la recherche pour créer des modèles plus rationnels, et surtout rester à l’écoute des gens sur le terrain — leurs inquiétudes, leurs questions — pour voir comment, ensemble, on peut créer des synergies réelles.
Qu’est-ce qui te passionne dans ton métier ?
Ce qui me passionne, c’est cette « gymnastique » permanente entre la recherche et la vie réelle. J’adore aller chercher dans d’autres disciplines de quoi nourrir nos réflexions, mais surtout, j’aime cet aspect très concret. La recherche académique peut parfois être très analytique et déconnectée ; moi, ce qui me stimule, c’est de me rappeler qu’en dehors du labo, il y a des gens qui vivent des trucs, avec des contraintes qu’on ne soupçonne pas toujours. C’est ce dialogue entre « comment on pense le monde » et « comment on agit concrètement » qui donne tout son sens à ce que je fais.
Comment s’aligne ton travail de recherche avec les missions terrain de conseil ?
C’est un vrai travail de feedback permanent. Parfois, on part d’une idée collective en R&D, on pousse la recherche, et on essaie de la transcrire en outils utilisables par les consultants. D’autres fois, c’est l’inverse : un consultant me remonte un point d’intérêt, on l’étudie, on en tire un apprentissage qu’on partage à tout le cabinet. Et puis, il y a la partie méthodologique : j’utilise mes compétences (stats, revues de littérature, etc.) pour aider à structurer la pensée des projets. Ça aide les consultants à mieux concevoir leurs missions, et moi, ça m’oblige à confronter mes recherches à la réalité du terrain.
Dans tes travaux, tu étudies les interactions humains-technologies. Quelles évolutions majeures vois-tu émerger pour les organisations ?
Je refuse de jouer au devin, parce que tout dépend du cadre géopolitique et de ce que les organisations choisissent vraiment de faire. L’évolution majeure, ce n’est pas « quelle technologie on intègre », c’est : « est-ce qu’on réfléchit à ce qu’on fait avant d’intégrer quoi que ce soit ? ». Les organisations qui s’en sortiront sont celles qui arrêtent de suivre la technologie pour la technologie. Celles qui font l’effort de se comprendre elles-mêmes, qui analysent leurs propres mécanismes. La vraie évolution, c’est de passer d’une posture subie à une posture de projection consciente, adaptée à chaque organisation.
Peux-tu partager un exemple ou une démarche de recherche qui a apporté un éclairage décisif ?
- Sur le sentiment de sécurité : Au lieu de faire un énième sondage descriptif (le fameux « x% pensent ça »), on a retravaillé le questionnaire avec une approche de psychologie sociale et cognitive. On a réussi à hiérarchiser statistiquement les facteurs de sûreté pour comprendre les processus profonds. Ça change tout : on ne gère plus des chiffres, on comprend des dynamiques humaines.
- Sur la prospective : On a développé un outil pour aider les organisations à se projeter dans un futur incertain. Nos outils de gestion habituels sont pensés pour des « temps calmes » ; là, on a créé une méthodologie plus robuste, plus scientifique, pour aider les gens à penser le futur même quand tout est instable, sans que ce soit une usine à gaz.
Quelle est la question que tu aimerais voir d’avantage posée par les entreprises ?
Ce serait : « Quelles sont les options d’action possibles, et quelles sont les conséquences réelles de nos choix ? ». On est trop souvent coincés dans les tableurs Excel, dans une vision très limitée. J’aimerais que les directions ferment leurs tableurs et recommencent à réfléchir avec de la logique, de la vraie. Il faut qu’ils se demandent : « Si on fait ça, qu’est-ce que ça déclenche concrètement dans notre organisation ? ». Il faut sortir de la productivité pure pour penser les impacts systémiques. C’est là qu’on gagne en intelligence et en efficacité.
Nicolas Spatola, Docteur en Psychologie Sociale et Cognitive
Il a développé ses recherches autour de l’interaction humain-robot en s’intéressant à la perception des robots et leur influence sur la cognition sociale humaine lors d’interaction au travers de paradigmes de psychologie sociale et cognitive et de neurosciences sociales. Après de premiers travaux au Laboratoire de Psychologie Sociale et Cognitive de Clermont-Ferrand, il a rejoint Science of Intelligence, un cluster d’excellence à Berlin. Nicolas a ensuite développé des projets de recherche interculturelle pour mieux comprendre les différences de représentation des robots sociaux à l’Istituto Italiano di Tecnologia à Gênes. Il rejoint Artimon en 2021, tout en enseignant à Sciences Po sur la thématique de l’IA dans l’élaboration des politiques publiques.



