Olenbee : quand la Fintech libère les avantages salariés

Arnaud MARTENAT, Fondateur et CEO d’Olenbee

Arnaud MARTENAT

Fondateur et CEO d’Olenbee

Laurent SAGLIETTO - Artimon

Laurent SAGLIETTO

Associé Financial Services chez Artimon

Dans le cadre de notre série Leaders by Artimon consacrée aux acteurs qui transforment les services financiers, Laurent SAGLIETTO s’est entretenu avec Arnaud MARTENAT, fondateur d’Olenbee. Après vingt ans passés au cœur des géants du secteur, cet entrepreneur bouscule les codes d’un marché historique de 10 milliards d’euros en utilisant l’Open Banking et l’IA pour rendre les avantages salariés instantanés et invisibles.

ZOOM SUR :

Fondée en 2024, Olenbee est une fintech et société à mission française qui développe une technologie d’intelligence artificielle appliquée aux dépenses du quotidien, avec une ambition : redonner à chacun le pouvoir sur l’argent qui lui est dû.

Grâce à des investissements importants en R&D, la société a conçu une nouvelle infrastructure capable de reconnaître automatiquement les dépenses éligibles à des avantages — comme les titres-restaurant, les chèques cadeaux ou le cashback — et de reverser instantanément les montants correspondants directement sur le compte bancaire des utilisateurs.

Olenbee a été fondée par Arnaud Martenat, Olivier Berthommier, François Roulin et Gonzague Bourrut Lacouture, tous quatre issus du secteur des avantages salariés, avec l’ambition de reconstruire une infrastructure plus ouverte, plus fluide et plus équitable pour les flux financiers du quotidien.


Le déclic est venu d’un paradoxe flagrant. Ces cinq dernières années, le monde de la Fintech a disrupté la banque, le paiement, l’assurance santé, le crédit. Un seul grand marché a résisté : les avantages salariés (titres-restaurant, chèques cadeaux…). En étant DG de filiales à l’international, j’ai compris que cette lenteur n’était pas un défaut technique, mais le cœur du modèle économique des acteurs historiques. Ils vivent de l’inertie, des délais de remboursement imposés aux restaurateurs et commerçants et de l’opacité des circuits financiers. Supprimer la lenteur, c’est supprimer leur modèle économique. En quittant le groupe à l’été 2023, ma vision était claire : ne pas améliorer l’existant, mais reconstruire un circuit où la lenteur n’existe plus. Avec mes associés, nous avons voulu utiliser l’Open Banking et les virements instantanés pour rendre ce « vieux monde » tout simplement obsolète.

Crédit : Olenbee

Nous avons une conviction simple : un avantage salarié ne devrait jamais imposer au collaborateur de changer ses habitudes. Pendant des années, toute l’industrie a construit des systèmes parallèles avec leurs cartes dédiées, leurs réseaux fermés et leurs contraintes d’utilisation. Nous faisons exactement l’inverse.

Avec Olenbee, nous avons créé les premiers avantages salariés natifs : ils s’intègrent directement dans les dépenses réelles du quotidien, au lieu de vivre à côté. Le salarié paie simplement avec sa carte bancaire habituelle ou son smartphone. Notre technologie reconnait automatiquement les dépenses éligibles, puis le remboursement est recrédité directement sur son compte bancaire selon son choix.

C’est une véritable bascule de catégorie. Nous passons d’un système fermé à une infrastructure qui suit les usages réels des collaborateurs. Pour le titre-restaurant, cela signifie passer d’un réseau d’environ 210 000 établissements à un réseau quasi illimité de plus de 425 000 commerces et plateformes de livraison, en réintégrant notamment les maraîchers, les petits artisans ou encore les producteurs en vente directe, historiquement exclus car trop petits pour les modèles traditionnels.

Au fond, nous n’avons pas cherché à digitaliser l’ancien modèle. Nous l’avons rendu obsolète en faisant disparaître le système derrière l’usage.

C’est un point majeur, souvent sous-estimé. Le titre-restaurant est un avantage cofinancé : l’entreprise prend en charge entre 50 et 60% de sa valeur, et le salarié finance le reste. Pourtant, dans le modèle traditionnel, l’entreprise avance la totalité de la valeur des titres, puis récupère ensuite la participation du salarié via la paie. Cela pèse sur le BFR et nécessite parfois des lignes de crédit. Pour certaines entreprises, cela représente en effet plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions d’euros immobilisés chaque mois.

Avec Olenbee, nous changeons cette logique. La part employeur est toujours financée par l’entreprise, mais la part salariale n’est prise en compte qu’au moment où le salarié utilise effectivement son titre-restaurant. L’entreprise n’a donc plus à avancer cet argent.

Résultat : jusqu’à 50% de sortie de trésorerie en moins sur les titres-restaurant, sans remettre en cause le modèle de cofinancement ni les règles sociales et fiscales qui l’encadrent.

De plus, nous supprimons toute la logistique : plus de carte plastique à commander, à stocker, à remplacer ou à distribuer sur plusieurs sites. Cette efficacité nous permet de proposer des tarifs 40% à 50% inférieurs à ceux du marché. Pour un DAF, c’est une équation imbattable : moins de coûts, moins de gestion et un meilleur BFR.

Mais l’impact ne s’arrête pas là. Notre modèle améliore également la trésorerie des enseignes et des commerçants. Là où les systèmes traditionnels imposent plusieurs jours, voire plusieurs semaines d’attente avant le remboursement des titres-restaurant ou des chèques cadeaux, avec Olenbee le commerçant est payé immédiatement (paiement carte bancaire classique). Les directions financières des grandes enseignes retrouvent une visibilité immédiate sur leur trésorerie, tandis que les commerçants indépendants n’ont plus à financer ce décalage de paiement, ni à subir de lourdeur administrative. C’est un changement majeur, notamment pour les petits commerces, pour lesquels chaque jour de trésorerie compte.

Crédit : Olenbee

Le DRH est souvent pris entre la volonté de simplifier et la crainte de bousculer les habitudes des salariés. Notre rôle est de leur montrer que le système actuel « kidnappe » le pouvoir d’achat des collaborateurs. En région, par exemple, des milliers de salariés ont de l’argent bloqué sur des cartes qu’ils ne peuvent dépenser qu’au supermarché une fois par semaine.

Nous redonnons au salarié la maîtrise de son cash. En ne prélevant plus la part salariale directement sur la fiche de paie, nous laissons en moyenne 100€ de plus par mois sur le salaire net disponible de l’employé.

L’avantage n’est plus une contrainte, c’est un complément de revenu fluide. Notre rôle est aussi d’accompagner les DRH dans cette évolution en leur donnant toutes les clés pour embarquer leurs collaborateurs. Les retours sont très positifs : 9 utilisateurs sur 10 se déclarent prêts à recommander Olenbee. C’est la meilleure preuve que, lorsqu’on simplifie réellement l’expérience, le changement devient naturel.

Chez Olenbee, l’IA n’est pas un ajout cosmétique ; elle est native. Elle nous permet de traiter des millions de transactions en temps réel avec une précision chirurgicale, là où les acteurs historiques s’appuient sur des « armées » de départements IT et des systèmes hérités souvent sujets aux erreurs. Pour atteindre ce niveau d’excellence, nous ne travaillons pas avec des développeurs « traditionnels ». Nous avons noué un partenariat stratégique avec La Forge Normandie, une communauté d’experts en IA et en Big Data qui compte également parmi nos investisseurs.

Cette collaboration entre nos équipes internes et ces spécialistes nous a permis de développer nos propres algorithmes de Deep Tech. Le cœur de notre réacteur s’appelle « Melissa ». C’est cette brique d’IA qui « fabrique » nos réseaux de commerçants à une vitesse foudroyante. Là où il fallait des années pour signer des contrats et référencer des établissements, Melissa qualifie les commerçants en quelques heures pour vérifier leur éligibilité réglementaire. C’est ce qui nous permet de garantir au salarié un remboursement en quelques secondes, de manière totalement invisible et sécurisée.

Par exemple, si je veux lancer un service « Cadeau Noël Enfant », Melissa qualifie instantanément les commerçants via leurs codes d’activité et leur localisation. C’est ce qui nous donne une agilité totale : là où un acteur traditionnel mettrait des années à contractualiser un réseau, nous sommes opérationnels en quelques jours.

Crédit : Olenbee

Nous ne comptons pas nous arrêter là. Nous allons bientôt clôturer une levée de fonds qui nous permettra de structurer nos équipes pour devenir une plateforme « multi-benefits ». Après avoir lancé le titre-restaurant en 2025, nous venons d’officialiser à VivaTech le lancement de notre offre cadeau. Là encore, nous ne nous sommes pas contentés de digitaliser le modèle existant : nous l’avons entièrement repensé. Avec Olenbee, le chèque cadeau se libère des cartes et des chèques, des réseaux fermés et des dates limites d’utilisation : le collaborateur paie simplement avec son moyen de paiement habituel, puis choisit les dépenses éligibles qu’il souhaite se faire rembourser via l’app Olenbee.

Ce n’est finalement que la première étape de notre vision : créer les premiers avantages salariés natifs, qui s’intègrent directement dans les dépenses réelles du quotidien, sans support dédié ni système parallèle. Demain, nous y intégrerons d’autres avantages comme la mobilité durable, les subventions sport, vacances ou télétravail, mais aussi de nouveaux coups de pouce financiers comme le cashback.

Notre infrastructure est conçue pour être modulaire. Grâce à la puissance de Melissa, nous allons pouvoir déployer de nouveaux services en quelques jours.

Contrairement à certains concurrents qui lancent tous les services frontalement pour vendre des produits financiers, nous privilégions une évolution progressive axée sur l’usage réel. L’objectif est que l’avantage salarié cesse d’être un « objet » (carte, chèque ou appli dédiée) pour devenir un flux financier fluide intégré dans le geste de paiement quotidien du collaborateur.

Nous voulons que les avantages salariés rapportent réellement de l’argent aux collaborateurs. Le premier effet Olenbee est immédiat : le salarié ne fait plus l’avance de trésorerie pour ses titres-restaurant, ce qui représente un gain de pouvoir d’achat mensuel.

Nous sommes en train de travailler sur un système de cashback innovant piloté par la donnée transactionnelle. Contrairement aux applications B2C classiques qui saturent votre navigation de cookies et de publicités intrusives, nous prévoyons un modèle « sans cookie ». Puisque nous maîtrisons la donnée de transaction de manière anonymisée et sécurisée, le salarié pourra simplement activer une option pour récupérer, par exemple, 4% de sa dépense directement sur son compte bancaire lors d’achats chez nos partenaires.

Pour les commerçants et grandes enseignes, cette approche ouvre également de nouvelles perspectives : plutôt que de diffuser des offres à tous les consommateurs, ils pourront cibler des profils réellement susceptibles de devenir de nouveaux clients, sur la base de leurs habitudes de consommation, et mesurer concrètement l’impact de leurs campagnes.

Enfin, pour les cadres ou les plus jeunes, nous étudions des options de placement à circuits courts, et même la possibilité de convertir leurs remboursements en achat de Bitcoin. Nous redonnons ainsi au salarié la totale maîtrise de son argent : qu’il veuille le dépenser, l’épargner ou l’investir, Olenbee supprime toutes les frictions.

À terme, ce qui restera, c’est la fonction sociale de l’avantage salarié, mais totalement invisible dans l’acte de paiement. C’est la mission d’Olenbee.


Artimon accompagne les acteurs du secteur financier dans leurs projets de transformation (refonte des modèles organisationnels, efficacité opérationnelle, amélioration de l’expérience client et pilotage de programmes digitaux et IA).

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