Digitalisation de la formation : effet bandwagon ou réelle plus-value pour les entreprises ?

Dans un monde où le numérique est de plus en plus présent, dans la vie personnelle et professionnelle, on peut s’interroger sur la place du digital dans la formation des salariés. Aujourd’hui, 82%[1] des formations suivies sont présentielles. Cette méthode a fait ses preuves en permettant d’aller au-delà d’un enseignement théorique au travers de cas pratiques et d’échanges avec les autres participants. De nombreuses théories ont prouvé l’importance de l’action dans le processus d’apprentissage. Les études menées par Edgar Dale[2] montrent qu’après 2 semaines, on a retenu seulement 10% de ce qu’on a lu et 20% de ce qu’on a entendu. A l’inverse, on se souviendra de 70% de ce qu’on a dit et de 90% de ce qu’on a dit et fait. Au-delà de la pratique, l’échange joue un rôle majeur dans le processus de mémorisation. Les formations numériques intègrent-elles l’échange dans leur approche pédagogique ? Comment choisir l’offre digitale la plus adaptée aux besoins et aux contraintes des collaborateurs ?

Petit tour d’horizon des principales formes de formations digitalisées accessibles aux entreprises : les MOOC, les COOC/SPOC et les e-learning.

Le MOOC : gratuit et accessible à tous, sous condition d’une implication hebdomadaire

Ce « massive online open courses » ou « cours en ligne ouverts à tous » en français a été lancé par le MIT (Massachusetts Institute of Technology) en 2000. Il s’agit d’avoir accès gratuitement à des cours de grandes écoles ou universités. Cependant ceux qui voudront une attestation de réussite devront débourser environ 100$ (environ 87€).

Il existe 3 types de MOOC : les MOOC dits classiques, les xMOOC plus directifs et les cMOOC plus collaboratifs. Les xMOOC donnent accès aux cours magistraux de grandes universités sans aucune interaction avec les participants. A l’inverse les cMOOC prônent la collaboration : les apprenants participent à l’élaboration du contenu. Les MOOC « classiques » sont présentés sous la forme de modules de 5 à 8 semaines, nécessitant entre 2 et 5 heures de travail hebdomadaires.

Chaque module est généralement composé de vidéos de cours et de quizz d’évaluation. Les cours sont complétés par un support questions/réponses alimenté par l’enseignant et un forum sur lequel les apprenants peuvent échanger. Certains MOOC impliquent des rendus réguliers que les participants se corrigent mutuellement grâce à une grille fournie par le professeur. D’autres MOOC ne sont validés qu’après la réalisation d’un projet individuel ou de groupe. Dans tous les cas, le principe du MOOC est l’interaction entre les participants grâce aux plateformes d’échange (forum, blogs, réseaux sociaux, …). D’après Cécile DEJOUX, enseignante au CNAM et à ESCP Europe, le forum représente 50% de l’apprentissage sur un MOOC[3]. Le MOOC se déroulant sur plusieurs semaines, les participants peuvent créer une véritable communauté d’entraide. La formation peut être suivie de façon synchrone ou asynchrone. Dans le premier cas, les nouveaux cours sont mis en ligne chaque semaine. Dans le deuxième, toutes les ressources sont mises à disposition de l’apprenant  dès le début de la formation. Ce format asynchrone semble contradictoire avec le concept d’échange mis en avant par les MOOC. Comment une communauté peut-elle se créer entre des apprenants ayant un rythme différent ?

Les différents types de MOOC proposent de consolider les acquis théoriques grâce à de nombreuses mises en pratiques. Le principal avantage de ce format est qu’il peut être suivi partout et à tout moment. Les salariés ne sont plus obligés de banaliser 2 jours dans leur emploi du temps pour suivre une formation. Ce format est aussi un inconvénient car les salariés s’engagent à libérer en moyenne 3 à 4 heures de leur temps chaque semaine pour suivre le MOOC. Le risque majeur de cette formation est l’abandon. En effet, la formation est réalisée par des milliers de personnes en même temps, il n’y a pas de véritable suivi personnalisé et le taux de réussite de cet outil est 10 fois inférieur à celui des formations classiques en présentiel[4]. De plus, le MOOC reste très généraliste et s’adapte mal aux différents enjeux des entreprises. De la même manière, le salarié peut avoir du mal à utiliser les acquis du MOOC dans son travail.

Le COOC/SPOC : MOOC plus ciblé, mais payant

Le « Corporate Online Open Courses » (COOC) est un MOOC à destination des différents acteurs d’une entreprise (employés, clients, fournisseurs). Le  « Small Private Online Courses » (SPOC) est quant à lui un MOOC comprenant un nombre de participants limité. La cible est donc plus clairement définie, ce qui en fait un outil particulièrement adapté pour les entreprises. Comme le MOOC, ce format permet une interaction entre les participants via le forum et beaucoup de mise en pratique. Le nombre de participants restreint facilite le suivi et permet d’adapter le contenu. Pour finir, ces outils peuvent fournir au service formation un suivi de la montée en compétence des salariés. Cette solution est plus adaptée mais aussi plus chère. En effet, il faut compter entre 300 et 600€[5] par participant et par module pour une solution « sur étagère » et entre 5.000€ et 50.000€5 pour une solution sur mesure.

E-learning : cours en ligne théorique qui s’adapte au rythme de l’apprenant

Le e-learning est une formation en ligne pouvant prendre des formes variées. On trouve des solutions simples, déroulant des slides interactifs et des quizz ou des solutions beaucoup plus complexes avec des vidéos et un parcours pédagogique qui s’adaptent aux réponses données par les participants. Le e-learning permet à l’apprenant de travailler à son rythme. En effet, il dispose de tous les cours au début de la formation et peut les réaliser quand bon lui semble. Ce format permet d’apprendre les bases d’un sujet théorique. Cependant, cette formule ne permet pas les échanges avec les autres participants ou le professeur. L’apprenant peut donc se sentir isolé et perdre de sa motivation.

Lors de la mise en place d’une formation digitalisée toute entreprise sera amenée à faire un arbitrage entre ces différents formats :

  • Le MOOC peut être utile pour augmenter le niveau de qualification d’une équipe sur des thématiques générales comme la gestion de projet ou le management. Mais cela doit rester une démarche personnelle : l’entreprise peut sélectionner des MOOC utiles pour ses salariés et leur proposer sans leur imposer. Le MOOC ne peut être suivi que par des salariés ayant des tâches récurrentes et pouvant se libérer 3 heures chaque semaine pour étudier. De fait, ce format semble difficile à intégrer à l’emploi du temps d’un professionnel. Il paraît plus adapté à une démarche personnelle d’un salarié cherchant à monter en compétence sur son temps libre.
  • Le COOC ou le SPOC peut permettre à l’entreprise de créer des formations en ligne personnalisées qui s’adaptent aux processus et outils de l’entreprise. Mais l’investissement pour cette adaptation est important et doit faire l’objet d’un arbitrage : combien de personnes à former ? où sont-elles basées géographiquement ? … Cette solution peut être adaptée pour une entreprise voulant former par petites sessions (environ 30 personnes) des salariés éloignés géographiquement, sur des aspects précis de son fonctionnement ou de sa stratégie. Attention, comme pour un MOOC, le salarié se retrouve confronté à la difficulté d’accorder cette formation avec son activité professionnelle.
  • Le e-learning permet d’apporter une bonne base théorique mais pour être efficace, elle doit être complétée d’une formation en présentiel (formation mixte dite blended) permettant aux apprenants de pratiquer et d’échanger. Là aussi un arbitrage est nécessaire : ce support doit apporter une réelle plus-value grâce à un contenu percutant. Un bon e-learning nécessite de définir clairement les messages à faire passer et l’intervention d’experts est souvent nécessaire pour sa conception (même si on voit apparaître, aujourd’hui, des plateformes permettant de créer son propre e-learning à moindre coût mais avec des fonctionnalités limitées). L’entreprise doit donc s’attendre à un investissement significatif pour proposer un dispositif de qualité.

Pour découvrir les MOOC francophones disponibles actuellement rendez-vous sur le site : http://mooc-francophone.com/agenda-mooc-francophones/

Par Emilie, Consultante

[1] RH Info

[2] Ekogest

[3] Portail Foration CNAM

[4] Topformation.fr

[5] Chef d’entreprise

 

Sources :

RH Info
Ekogest
CCM
Neomedia
Unow
MISS MOOC.PARIS
Topformation.fr
Chef d’entreprise
Les startups de l’éducation
Formation & Nouvelles technologies
Challenges N°420, 12 février 2015


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