Vincent Bryant : l’homme qui a transformé la donnée en levier de décarbonation, et la décarbonation en levier de valeur

Vincent Bryant, co-fondateur et CEO de Deepki.

Vincent BRYANT

Co-fondateur et CEO de Deepki

Christine BOUQUET - Associée Artimon

Christine Bouquet

Associée

Dans ce nouvel épisode de notre série Leaders by Artimon, Vincent Bryant, co-fondateur et CEO de Deepki une plateforme SaaS leader dans la performance durable de l’immobilier, livre sa vision d’un secteur immobilier où la donnée ne sert plus seulement à remplir des rapports, mais devient l’outil de pilotage financier et environnemental ultime.

Pour Vincent Bryant, le chemin vers Deepki n’a pas été linéaire, mais guidé par une boussole unique : la recherche de l’impact réel. Après s’être frotté à l’associatif, à la politique (où il regrette des notes sans effets) et au conseil (où seule une recommandation sur dix est appliquée), il rejoint de grands groupes industriels. Mais là encore, la lenteur le frustre : l’impact y est trop dilué. En 2014, le constat est posé : l’immobilier est le secteur le plus polluant, et contrairement aux idées reçues, la donnée pour agir existe déjà massivement, il « suffit » de se baisser pour la ramasser.

La décarbonation est un sport collectif, pas un algorithme : le défi humain de l’immobilier durable

Dans un monde où la technologie promet de résoudre les défis les plus complexes, notre échange avec Vincent Bryant vient rappeler une vérité fondamentale : l’innovation la plus disruptive ne vaut que par la capacité des organisations à l’adopter et à la transformer en action. Si la décarbonation de l’immobilier est un impératif, le chemin pour y parvenir est moins technologique qu’humain et organisationnel. Artimon explore comment, au-delà des algorithmes, la convergence des volontés et la transformation des pratiques sont les véritables moteurs du changement.


ZOOM SUR :

Deepki, un acteur mondial de l’intelligence immobilière

Deepki est une entreprise technologique qui développe une plateforme SaaS permettant aux acteurs de l’immobilier de collecter, analyser et piloter la performance durable de leurs actifs. En agrégeant des millions de points de données (consommations énergétiques, eau, déchets, etc.), Deepki offre une vision précise de l’empreinte environnementale des bâtiments et identifie les leviers d’action pour la réduire. Sa mission est de permettre à ses clients de prendre des décisions éclairées pour décarboner leur patrimoine, répondant ainsi aux exigences réglementaires et aux attentes croissantes des investisseurs et des occupants.

Fort d’une expérience entrepreneuriale et d’une conviction profonde pour l’impact, Vincent a co-créé Deepki en 2014 avec la mission de massifier la décarbonation du parc immobilier mondial. Son approche, centrée sur la donnée et l’intelligence artificielle, vise à transformer un secteur traditionnellement lent en un acteur majeur de la transition énergétique. Il est un fervent défenseur de l’idée que la technologie doit servir l’humain pour maximiser son impact.


Tout le monde pensait que pour rénover, il fallait visiter chaque bâtiment et analyser chaque cas de façon isolée. Notre intuition était différente : les bâtiments sont comme les humains, on peut utiliser les statistiques et les algorithmes pour traiter le parc immobilier de façon massive. Il « suffit » de se baisser pour ramasser la donnée existante. C’est l’essence de Deepki : utiliser la puissance de la technologie pour massifier l’accompagnement et générer des économies d’énergie et de CO2 réelles, et non plus seulement théoriques.

La réglementation a eu le mérite d’aligner tout le monde sur les mêmes standards européens, comme la SFDR. Mais on a créé des armées de « ESG geeks » qui passent leur temps à cocher des cases et à faire du reporting complexe sans jamais se lier au terrain. Pour moi, l’enjeu était clair : sortir du simple réglementaire pour rentrer dans l’impact. Il faut passer de la « boardroom » (le conseil d’administration) à la « boiler room » (la chaufferie). C’est là que se gagne la bataille du climat.

C’est l’une des convictions fortes de Deepki : la technologie n’est plus le problème. Qu’il s’agisse de solutions « Low-Tech » ou « High-Tech », tout est déjà sur l’étagère pour décarboner l’immobilier mondial. Le véritable obstacle réside dans la prise de décision et l’alignement des intérêts entre propriétaires, locataires et prestataires. Transformer les organisations est bien plus complexe que de transformer les actifs physiques. Deepki ne se veut pas un simple « presse-bouton », mais un compagnon de route pour accompagner ce changement de culture et de processus.

Crédit : Deepki

Absolument. Le narratif a changé : on ne fait plus du « vert » par simple vertu, mais pour protéger et créer de la valeur. Aujourd’hui, la durabilité et la finance ne font plus qu’un. La donnée est notre « juge de paix » : elle permet de protéger la valeur des actifs dans un monde d’inflation et de taux élevés. La donnée environnementale s’intègre désormais dans les calculs de rendement (IRR) et de flux de trésorerie (DCF). Nos clients utilisent Deepki pour renégocier des loyers, prouver à un locataire qu’un investissement en rénovation va baisser ses charges, ou encore anticiper la stratégie de Capex (dépenses d’investissement) idéale pour éviter une décote lors de la revente. La donnée n’est plus un coût, c’est une arme stratégique.

Pour Deepki, la valeur réside dans la capacité à transformer une donnée brute en une information fiable et auditable. C’est ce qui permet de garantir aux investisseurs que les Capex injectés ont réellement produit les résultats escomptés. Avec 550 000 bâtiments analysés dans 93 pays, la plateforme offre un benchmark unique pour savoir si un actif surperforme ou sous-performe par rapport à ses « petits copains » du marché.

Passer d’une structure bicéphale à une entreprise de 500 personnes répartie sur plusieurs continents est un défi managérial majeur. Pour éviter l’inertie bureaucratique, Deepki prône une « inversion de la pyramide » : encourager les collaborateurs à prendre des décisions sans attendre de permission, tout en assumant une certaine verticalité nécessaire à la cohérence de la mission. Notre plus grande fierté reste inchangée depuis les débuts : non pas le chiffre d’affaires, mais l’impact CO2 réel mesuré chez nos clients chaque année.

Mon ambition est que Deepki devienne la valeur de référence mondiale, une sorte de « Moody’s de la donnée verte » pour les actifs réels. J’aimerais que dans 20 ans, « deepkiser » soit devenu un verbe courant. Cela voudrait dire que nous avons réussi notre mission : apporter la preuve de la décarbonation et faire changer les pratiques en profondeur pour s’aligner enfin sur les accords de Paris.


Artimon intervient au cœur des processus métiers de l’immobilier : de la stratégie jusqu’à sa déclinaison et sa mise en œuvre opérationnelle.

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