Comment s’intègre une start-up interne dans la structure d’un grand groupe comme la RATP ?

Josefina GIMENEZ - Artimon

Josefina Gimenez

Directeur Recherche et Innovation

Autonome mais pas isolé

La RATP observe et étudie le marché des véhicules autonomes depuis l’émergence de la technologie. Néanmoins, cette réflexion d’ordre stratégique devait s’accompagner d’une démarche proactive d’expérimentation et de mise en situation. Voilà que Benjamin Jolivière, chef de projet Évaluation des Véhicules Autonomes (EVA) au sein de la RATP, est arrivé, franc, plein d’ambitions et d’envies de casser les codes, poussé par les premières démonstrations parisiennes de navette autonome.

Cependant, mettre en place l’expérimentation innovante au sein des structures existantes allait à la rencontre de la liberté, de l’agilité et de la latitude dont il avait besoin. Rentrer dans la course à l’autonomie, alors que l’on n’est pas fabriquant, a besoin de réactivité, de rythme et d’audace.

 « Pour développer des solutions innovantes et les mettre en test, la RATP a créé une cellule (aka une start-up) : le pôle EVA (Evaluation Véhicules Autonomes) ». La « start-up du bout du couloir » a un fonctionnement très particulier du fait de son activité : « avec le fonctionnement traditionnel de la machine RATP on ne serait pas en mesure d’avancer avec autant d’agilité ».

Cette organisation permet de dépasser les difficultés propres aux grandes structures, auxquelles on reconnaît bien de difficultés à impulser l’innovation et laisser l’espace nécessaire pour l’émergence de nouvelles idées. EVA, structure suffisamment indépendante, a l’autonomie nécessaire pour se gérer, s’organiser, réagir aux imprévus et ajuster. Mais elle n’est pas hors sol : elle doit rendre des comptes à de nombreux intervenants, et profite des expertises, des moyens humains, techniques et financiers ainsi que de l’image véhiculée par la RATP.

 « La Direction Stratégie d’Innovation et de Développement nous accompagne sur la réflexion à long terme, le positionnement et les impacts. Ensuite, l’ingénierie pilote certains projets et surtout, est en soutient des actions en termes de sécurité, sûreté et fonctionnement. Finalement, il y a le département de Maintenance de Matériel Roulant, avec qui nous travaillons des sujets d’exploitation et de maintenance et auquel appartiennent les opérateurs à bord, qui sont compris dans la population des machinistes ». Avec tous ces intervenants, les aspects prospectifs, techniques et humains de l’autonomie sont couverts, et la boucle est bouclée

Ainsi, plusieurs départements sont impliqués dans la réflexion autour de l’autonomie, centralisée par l’équipe EVA. L’expérimentation s’inscrit au sein d’un écosystème complémentaire qui recherche l’efficacité, l’optimisation et la capitalisation des expertises.


La place de la RATP dans les véhicules autonomes : une réflexion en complémentarité

Des équipes expertes et polyvalentes

Pour orchestrer ce challenge, Benjamin s’est entouré d’une équipe d’experts techniques qui maîtrisent toutes les composantes de la démarche expérimentale. Ainsi, les champs de connaissances sont très larges :

  • La Technique, qui assure la connaissance des capteurs,
  • L’Exploitation et la Maintenance,
  • Les Systèmes, comprenant l’optimisation des algorithmes,
  • La Cybersécurité,
  • L’aspect Réglementaire et l’échange avec les autorités régulatrices,
  • Le Marketing, pour assurer la promotion des produits.

Assurer les expertises en interne donne encore plus d’autonomie à l’équipe. A la fois, être peu nombreux permet de mieux gérer le partage de l’information. Une équipe complémentaire et polyvalente, « chacun a une spécialisation mais on est tous sur tout ». Ce qui facilite les échanges, accentue l’agilité et laisse la place pour l’émergence d’idées innovantes.

Finalement, si l’équipe d’ingénieurs en mode start-up est fédérée autour de la réflexion sur les véhicules autonomes, ils partagent surtout le gout du défi. « Je veux des gens qui viennent vers moi avec des idées. Je leur donne 100% d’autonomie et de liberté sur ce type de projets, et je cherche à avoir les meilleurs ». Il en ressort un gout de liberté et d’autonomie, un défi intellectuel et un développement individuel au sein d’une structure de plus de 60 000 salariés. L’expérience du pôle EVA met en évidence qu’il est possible de retrouver une dynamique innovante au sein des grandes structures. Décidément, il faut oser.

FOCUS : Des robots et des hommes

Le déploiement en masse des véhicules autonomes donne lieu à des projections aussi bien encourageantes que fatalistes. Ainsi, l’analyse de l’impact que les évolutions technologiques auront sur l’ensemble du secteur du transport, fait partie de la démarche expérimentale de Benjamin Jolivière et de son équipe. Ainsi, ils ont pris le parti d’intégrer, dès le départ, une réflexion autour de l’évolution des emplois du transport et d’associer des personnes venant des métiers de la conduite de véhicules.

Ainsi, 2 anciens chauffeurs de bus font partie de l’équipe EVA. « Au regard des anciens chauffeurs, nous menons une réflexion autour de l’emploi. Nous voulons savoir quels sont les métiers de demain, accompagné d’une réflexion autour de la formation. Comment les faire progresser ? Quelles sont les évolutions possibles ? Nous avons un discours non partisan mais plutôt orienté sur le factuel et l’expérientiel ».

Ces « Régisseurs » ont plusieurs casquettes. D’une part, ils sont formés comme ‘safety drivers’ (opérateurs à bord des navettes, prêts à intervenir en cas de besoin) et intégrés dans la population dite ‘des machinistes’ au sein de l’équipe RATP. D’autre part, ils sont en charge de la formation aux règles de sécurité, aussi bien des passagers que des nouveaux conducteurs. Aussi, ils ont un rôle pédagogique à bord des véhicules, pour accueillir les passagers et faire les démonstrations.

Mais ils ont également un rôle central lors des tests : « les régisseurs commencent à programmer des routes et faire des supervisions sur le site en opération. Ils apportent la brique terrain sur la partie sécuritaire. Les informations qu’ils remontent lors des tests sont essentielles. Elles nous permettent de tester de plus en plus de choses ».

Etudier les enjeux de formation, d’accompagnement et d’évolution des métiers de la population concernée, voilà une démarche intégrale qui permet d’anticiper le changement, de faire des ajustements et de valoriser les équipes.

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