La plateforme MaaS de Pékin introduit des incentives pour encourager une mobilité plus durable

Jingoo CHOI

Chargé d'études mobilité et pré-doctorant

La plateforme #MaaS de Pékin devient un relais actif pour encourager le changement de comportement des usagers vers une mobilité durable, à travers l’intégration d’incentives et de crédits carbone

La plateforme MaaS de Beijing est la première à introduire un système d’incitation incluant des crédits carbone afin d’encourager les usagers à s’engager dans une mobilité verte.

Sur la base de l’objectif d’émissions de carbone en 2030 et de neutralité carbone en 2060, la Commission municipale des transports et le Bureau municipal de l’écologie et de l’environnement de Pékin, en coopération avec Amap (Google Maps) et Baidu Maps, ont lancé « MaaS Mobility for Green City » en septembre 2020.

Les utilisateurs qui choisissent des modes à faible émission de carbone (comme la marche, le vélo ou les transports en commun) via le système de navigation Amap ou Baidu, recevront des « crédits carbone » en fonction de la distance parcourue. Ces crédits correspondent aux émissions carbone évitées pour avoir préféré un mode de transport « doux » plutôt que les déplacements individuels motorisés, comme la conduite d’une voiture ou le VTC. Les incentives prennent la forme de dons solidaires ou de soutien à des associations (comme le don pour la plantation d’arbres), ou encore des bons d’achat ou le rechargement de cartes de transport. Amap et Baidu Maps collecteront ces crédits et les échangeront sur le marché du carbone de Pékin.

Combinée à ces crédits carbone, la plateforme MaaS va de pair avec la stratégie de décarbonation de la Chine. Le 16 juillet, Le Monde affirmait dans un article que la Chine a lancé son « marché du carbone » qui permet non seulement aux autorités provinciales de fixer des quotas pour les centrales thermiques mais aussi aux entreprises d’acheter des « droits de polluer » à d’autres organisations ayant une empreinte carbone plus faible. La première transaction fixait à 6.80 dollars la tonne de carbone, et l’application initiale de ces systèmes s’adresse aux entreprises du secteur de la production d’électricité (2 162 producteurs) qui contribue aux émissions de CO2 les plus élevées de Chine (51% du total, IEA). Ainsi, les crédits collectés par Amap et Baidu Maps seront échangés auprès des producteurs d’électricité via le marché du carbone de Pékin. 

Fig.1 En choisissant les modes doux, les utilisateurs de la plateforme gagnent des bons à travers les crédits carbone – ©Artimon [1]

Ce mécanisme d’incitation et d’échange de crédits carbone pour encourager le « Green travel » est une nouvelle extension des plateformes MaaS. Une manière supplémentaire de promouvoir la mobilité verte, et faciliter un changement substantiel dans les comportements de déplacement.

10% des émissions totales de CO2 en Chine sont émises par le secteur du transport

Selon les statistiques de 2018, le secteur du transport représente environ 10% des émissions totales de CO2 de la Chine. C’est le troisième secteur le plus important, l’électricité et l’industrie contribuant à 80% aux émissions de carbone de la Chine. Quant à la France, le secteur du transport représente 41%, mais le montant d’émissions est encore nettement plus élevé en Chine qu’en France (917 Mton versus 215 Mton, IEA). 


Fig.2 Comparaison de la part modale entre Paris et Pékin – ©Artimon

Dans le cas de Pékin, le recours aux différents modes de transport est globalement équitablement réparti en termes de partage modal. Par ailleurs, aussi bien à Paris qu’à Pékin, environ 20% des déplacements sont effectués en véhicule particulier. Cependant, la différence de volume fait que les émissions de carbone des véhicules particuliers à Pékin était de 15 millions de tonnes, soit environ 76% des émissions de carbone dans le secteur du transport en 2012 (Wang Z. et al , 2015). La raison pour laquelle les véhicules particuliers représentent les émissions de carbone les plus élevées malgré le faible report modal est que les émissions de carbone par unité de distance sont plus élevées que celles des autres modes de transport. De plus, la forte proportion de modes actifs tels que la marche à pied et le vélo (53%) avec des émissions de carbone nettement inférieures contribue aux résultats biaisés des véhicules particuliers dans les émissions globales. Le report modal de Pékin peut sembler positif, mais compte tenu de son empreinte carbone élevée par rapport à d’autres pays, une réduction supplémentaire des émissions locales de carbone pourrait être attendue grâce au transfert vers des modes à faible émissions de carbone.

Un modèle de plateforme MaaS applicable en France ?

Ainsi, dès lors qu’on prend en compte le potentiel des modes doux dans la réduction des émissions liées au transport et à la voiture en particulier, la possibilité d’intégrer des systèmes incitatifs dans les plateformes MaaS incluant des crédits carbone peut être envisagée à Paris ou dans des villes françaises. En effet, diverses plateformes de MaaS françaises, telles que « Bonjour RATP » d’Île-de-France, « OùRA » d’Auvergne-Rhône-Alpes et « Fluo » de Grand-Est indiquent les émissions de carbone sur l’itinéraire sélectionné.


Fig.3 Calcul et comparaison des émissions de carbone – Bonjour RATP/ Île-de-France

Fig.4 Calcul et comparaison des émissions de carbone – Oùra/Auvergne-Rhône-Alpes

Fig .5 Calcul et comparaison des émissions de carbone – Fluo/ Grand-Est

Pas autant qu’à Pékin, mais aussi en France, les émissions des véhicules particuliers représentent 51% du secteur de transport, soit 16% des émissions totales de gaz à effet de serre du pays en 2019 (SDES 2021). Associés à des mesures d’offre de mobilité verte comme les pistes cyclables et les aménagements piétons ou le projet du Grand Paris Express, les dispositifs incitatifs peuvent créer des synergies tout en stimulant la demande des utilisateurs.

Cependant, le marché des crédits carbone tel que celui de Pékin et l’application des incitations restent à étudier parmi les parties prenantes. Le marché français du carbone est conforme aux normes de l’Union européenne[2] depuis 2005 et les secteurs concernés sont l’industrie (chaleur, raffineries, acier, fer, ciment et chaux, verre, céramique, pâte à papier, etc.) et la production d’électricité. L’industrie et la production d’électricité représentent 41% des émissions totales de carbone de l’UE, mais le secteur de transport adresse également un pourcentage élevé d’environ 18% en 2016 (European Environment Agency). En particulier, compte tenu de l’importance des émissions de carbone de la France du secteur de transport évoquée ci-dessus, une réflexion plus approfondie sur l’adoption du marché du carbone par les acteurs de ce secteur pourrait être une priorité.

Actuellement, des tentatives basées sur des systèmes incitatifs voient le jour en France, comme le « Compte CO2 »[3] et la plateforme « Rob »[4]. Ces dispositifs sont également basés sur des applications smartphone et offrent des récompenses pour l’utilisation de modes de transport respectueux de l’environnement, comme des points ou de l’argent virtuel permettant des réductions d’achats ou des cadeaux éthiques.

Cependant, le marché des crédits carbone basés sur la mobilité personnelle récupérée n’est pas actif en France. D’autre part, les applications d’incitation françaises telles que le « Compte CO2 » et « Rob », indépendantes des plateformes MaaS existantes, peuvent rendre difficile l’accès aux utilisateurs ou freiner leur utilisation. Ainsi, pour dynamiser le marché du carbone grâce à une telle mobilité verte, la France semble également avoir besoin d’efforts menés par le gouvernement, comme dans le cas de la plateforme MaaS à Pékin.


[1] Estimation basée sur le simulateur des émissions des trajets de l’Ademe 

[2] Marchés du carbone | Ministère de la Transition écologique (ecologie.gouv.fr)

[3] Compte CO2, le service de paiement pour le climat

[4] Rob | L’app qui récompense tous tes trajets responsables (rob-app.fr)

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